La Pâques Orthodoxe : une belle occasion de se plonger dans la culture grecque.

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Pourquoi n’associer la Grèce qu’à des plages de sable doré, à une mer turquoise ou un ouzo au bord de l’eau ? La Grèce existe en dehors de la saison estivale et est un pays riche en coutumes qu’il est intéressant de découvrir. La fête de la Pâques orthodoxe est un moment est un moment émouvant et inoubliable, que je vous recommande de vivre dans une île ou dans un village, là où les traditions sont encore bien vivantes.

Depuis que j’ai fait la connaissance de ma belle-famille grecque, il y a plus de 20 ans, il est difficilement imaginable pour nous de célébrer la plus grande fête orthodoxe loin de la mère patrie de mon mari. Passer Pâques en Grèce implique, pour la non-orthodoxe que je suis, de respecter une série de traditions, certaines très agréables, d’autres moins et pourtant, à chaque fois, je ressens la même émotion et le même partage.

Pâques est LA fête de l’Eglise orthodoxe et 90% des Grecs, qu’ils soient pratiquants assidus ou non, y participent activement. A cette occasion, nombreux sont ceux qui quittent les grandes villes pour se rendre « sto chorio », au village dont sont originaires les générations précédentes. En ce qui nous concerne, nous nous rendons en famille à Skiathos, l’île des Sporades dont aucun Rammos n’est originaire, mais où nous possédons nos maisons de vacances et où nous allons vivre pleinement les traditions de Pâques. Nous sommes tous ravis, à l’exception de ma belle-mère qui préférerait rester dans sa paroisse, aller à l’église à l’heure qui lui convient et boire le café avec ses copines afin de faire un concours de jeûne, mais ceci est une autre histoire…

La Fête de Pâques orthodoxe n’est pas toujours célébrée le même dimanche que chez les Catholiques ou les Protestants. Les fêtes coincident environ tous les quatre ans.

La Semaine Sainte ou « Megali Evdomada » (Grande Semaine) commence en fait le lundi qui précède la fête de Pâques. C’est le jour du grand nettoyage : chaque ménagère grecque fait briller sa maison, cours et terrasses sont lavées à grande eau, les napperons brodés sont amidonnés et l’énumération des tâches ménagères effectuées est le centre des conversations féminines... Tous les commerçants sont fébriles, eux aussi : les bouchers prennent les commandes pour l’agneau pascal, les broches, cuves métalliques et autres charbons de bois envahissent les magasins. Le jeûne durant depuis 40 jours pour certains, tous se préparent pour la ripaille !

Pour notre famille, pas d’agneau de chez le boucher : quelques jours avant la grande date, mon mari, dépêché à grands coups de supplications, puis de menaces par ma belle-mère, est sommé d’aller choisir chez Yorgos, le berger voisin, la victime qui sera immolée pour le plaisir de nos papilles.

Le Jeudi Saint : Lorsque mes enfants étaient plus jeunes, le Jeudi Saint était leur grand jour, celui de la préparation du Tsoureki, la brioche de Pâques, et de la teinture des œufs en rouge. Ils cueillaient des fleurs dans le jardin, puis, patiemment, ils les appliquaient soigneusement sur la coquille, avec l’aide attendrie de leur grand-mère, puis l’œuf, emballé dans un bas nylon, était plongé dans un bain bouillant de teinture rouge. Au bout de quelques minutes, il en ressortait tout coloré, le dessin de la fleur apparaissant en blanc sur le fond rouge. La dernière étape consistait à l’oindre d’huile d’olive pour le rendre brillant et le déposer délicatement dans un plat, sur un linge blanc et brodé, fraîchement amidonné. Avec l’interdiction formelle d’y toucher jusqu’au jour de la Résurrection.

Une autre tradition du Jeudi Saint qui fait briller les yeux des enfants est la «
lambada ». Non, il ne s’agit pas de cette danse qui a bien amusé les gens de mon âge ! « Lambada » en grec, signifie « bougie » et le Jeudi Saint, les parrains et marraine se rendent chez leur filleul afin de lui offrir la bougie qu’il allumera lors de la messe de minuit du samedi. Ces bougies, devenues un objet hautement commercial, sont toujours décorées et accompagnées d’un jouet pour garçon ou pour fille.

Après la messe du Jeudi soir, les femmes et jeunes filles de la paroisse confectionnent "l'Epitaphios", une sorte de lit à baldaquin en bois, qui représente le tombeau du Christ Elles le décorent avec des fleurs fraîches et prient pendant tout la nuit. Les hommes sont exclus de ce rituel.

Le vendredi Saint est le jour le plus austère de la Grande Semaine, puisqu’il est considéré comme un jour de deuil où les Chrétiens commémorent la passion et la mort du Christ. Ce jour-là, le jeûne est très strict et le repas se compose uniquement de lentilles et de vinaigre.

Après la messe de 11 heures, le Christ est descendu de la croix par le prêtre et enveloppé dans un linceul. Il le porte sur son dos et fait trois fois le tour de l'autel. Les fidèles se prosternent alors devant l'épitaphe. Ils reçoivent la bénédiction et quelques fleurs ou pétales qu'ils conserveront tout au long de l'année en guise de porte-bonheur.

Lorsque nous sommes à Skiathos, nous nous rendons à la nuit tombée au magnifique monastère d’Evangelistria, dans la montagne, pour la procession aux bougies, sorte de reconstitution de l’enterrement du Christ. L’épitaphe sort de l’église, précédé de la croix sur laquelle le Christ a été crucifié. Les fidèles, dans un grand recueillement, le suivent en tenant dans leurs mains des cierges de couleur jaune-orange et en psalmodiant pendant toute la durée de la procession.

Le samedi Saint : le patriarche de l’Eglise orthodoxe brise le sceau de la porte du tombeau du Christ dans l’Eglise du Saint-Sepulchre, à Jérusalem et la Sainte Flamme est acheminée par avion jusqu’à Athènes, puis jusqu’à la petite église de Aghia Anargyroi à Plaka.

A la Messe de minuit du samedi, tous les fidèles se réunissent en famille dans l’église, plongée dans l’obscurité totale, ou sur le parvis, pour les retardataires. Puis, le prêtre apparaît, vers minuit, tenant trois bougies allumées, et annonce : "Venez prendre la lumière immortelle et glorifier le Christ ressuscité des morts". C'est alors que le monde s'exclame ''CHRISTOS ANNESTI" -le Christ est ressuscité- les fidèles allument leur cierge à la flamme offerte par le prêtre, les cloches sonnent, les personnes présentes tout en se passant la flamme, s'embrassent, se donnent l'accolade et se lancent des "Christos Anesti" tout en évitant de recevoir de la cire de bougie sur ses vêtements ou de brûler son voisin. Il y a une vingtaine d’années, lors de ma première messe de Pâques à Skiathos, ma belle-mère avait d’ailleurs mis le feu au col en fourrure de mon manteau. Mais c’était tout à fait involontaire…

Après cette cérémonie, chacun rentre chez soi, le cierge allumé en tentant tant bien que mal de préserver la flamme jusqu’à la maison. Cela peut provoquer quelques fous rires, surtout en voiture.

Vous avez peut-être constaté que bon nombre d’habitations en Grèce ont une croix noircie au-dessus de leur porte d’entrée ? La tradition veut que le chef de famille trace cette croix avec la flamme de la bougie de Pâques. Cette dernière sera conservée tout au long de l'année avec les icônes, généralement placées dans la cuisine.

Après ce rite, la famille passe à table avec impatience. N’oublie pas que les fidèles ont jeûné pendant toute la journée ! La bonne odeur de la « maghiritsa », soupe traditionnelle de Pâques, aux abats d’agneau, à l’aneth, aux oignons frais, au citron et à l’œuf vient titiller les narines de chacun et mettre l’eau à la bouche des convives affamés ! Mais avant tout, il faut frapper son oeuf rouge contre celui du voisin, le plus résistant de la tablée faisant gagner son propriétaire.
Le dimanche de Pâques, place aux réjouissances et à la tradition de l’agneau, tant attendue. A Athènes, faute de jardins, elle se perd un peu et l’agneau est souvent cuit au four. Dans les villages et dans les îles, par contre, la journée commence tôt. Il faut préparer la bestiole, l’assaisonner, la fixer correctement sur la broche, allumer les braises et commencer à tourner lentement. De plus en plus, des petits moteurs électriques font tourner la broche automatiquement, mais cela a moins de charme que lorsque chacun s’y colle à tour de rôle, un verre de vin à la main…
De temps en temps, il faut oindre l'agneau avec un mélange d'huile, d'origan et de citron à l'aide d'un pinceau.

Ce rituel, qui prend plusieurs heures, aiguise les appétits et bien sûr, les tables ne sont pas vides : pittas aux épinards ou au fromage, œufs durs à l’huile et à l’origan, petits mézés de toutes sortes sont là pour faire patienter les estomacs. Tout cela est accompagné de musique traditionnelle des îles ou de rebetika et certains n’hésitent à faire un petit pas de danse ou plusieurs. C’est un jour de liesse où l’on oublie tous les problèmes et les disputes. On mange l’agneau jusqu’à exploser, on danse, on pousse la chansonnette, on invite les amis et même les étrangers qui passeraient par là.
Aucun amoureux de la Grèce ne peut dire qu’il connaît vraiment le pays s’il n’a pas vécu cette expérience : passer la fête de Pâques dans une île grecque avec des Grecs.