Alexandros Papadiamantis

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Alexandre Papadiamantis

Si vous arrivez à Skiathos par avion, vous atterrirez à l'aéroport Alexandros Papadiamantis. Si vous vous promenez dans les rues de la petite ville, vous découvrirez que la rue principale s'appelle  aussi Alexandre Papadiamantis. Si vous demandez aux autochtones ce qu'il faut visiter dans leur île, l'un des premiers sites qu'ils vous mentionneront sera "to spiti tou Papadiamanti", la maison de Papadiamantis.

Mais... qui est donc Alexandre Papadiamantis?

Les Grecs auront peine à le croire et les habitants de Skiathos en seront révoltés,  pourtant, il faut bien avouer que pour beaucoup de non-Grecs, le nom de Papadiamantis n’évoque rien…

Pour vous qui allez vous rendre à Skiathos et qui voulez vous imprégner de cette île et de sa culture, voici quelques renseignements indispensables qui donneront peut-être à votre voyage une autre dimension.

Alexandre Papadiamantis, né à Skiathos en 1851 et  mort dans cette île en 1911, est un écrivain majeur de la littérature grecque du 19ème siècle. Grand admirateur des écrivains et dramaturges européens tels Victor Hugo et Shakespeare,  il est  l’un des fondateurs, en Grèce, du roman moderne et de la nouvelle d’inspiration romantique.

Il quitta l’île dans sa jeunesse pour poursuivre des études de philosophie et de littérature à Athènes, travailla comme journaliste et traducteur, publiant ses nouvelles dans des journaux  et dépensant son argent sans compter.

Il ne revint à Skiathos qu’à la fin de sa vie. L’excès de boisson  et  le manque de sommeil avaient ruiné sa santé et il y mourut d’une pneumonie  à l’âge de 60 ans.

La maison où il est né n’existe plus aujourd’hui, par contre celle où il est mort se niche sur une minuscule place charmante, non loin de la rue qui porte son nom,. Elle a été transformée en musée et peut être visitée. C’est une petite bâtisse très austère, presque monacale, à l’image de cet écrivain, fils de pope, élevé dans la pauvreté et la crainte de Dieu, qui aimait écrire et chanter à l’église, qui ne se maria jamais et que l’on surnommait « le moine dans le monde ».

Auteur de nombreuses nouvelles,   Papadiamantis y évoque la vie des milieux modestes dans son île, tels les agriculteurs, les marins ou les pêcheurs et intervient souvent au cours de ses récits comme observateur.  Ses nouvelles offrent une image à la fois lucide et poétique où les descriptions de la vie rurale à Skiathos ou de la vie urbaine dans les quartiers les plus pauvres d’Athènes se mêlent aux moments de profonde réflexion philosophique sur la condition humaine. La nostalgie de l’île de sa petite enfance est palpable dans presque toute son oeuvre.

Celle-ci est empreinte de mélancolie, d’une profonde foi chrétienne orthodoxe et d’empathie pour la souffrance des humains, quels qu’ils soient.

Ceux qui parlent (très) bien le grec savent sans doute déjà que Papadiamantis écrit dans une langue difficile, la katharevousa ou grec savant, mais que les dialogues y sont en langue populaire, dite démotique, ou en dialecte, lorsqu’il fait parler les insulaires.



 

Bien sûr, les nouvelles de Papadiamantis ont été traduites en français (vous pourrez en trouver des traductions sur place) et bien qu’elles soient souvent tragiques et teintées d’une infinie tristesse, il est émouvant de découvrir l’œuvre de cet auteur lors d’un séjour dans son île.

Vous verrez alors Skiathos d’un autre œil, au-delà du tourisme, des plages et des constructions de vacances.

Vous aurez envie de rechercher des coins vierges (oui, il en existe encore),  de vous perdre dans une Skiathos plus intacte, comme à l’époque de Papadiamantis et peut-être même de découvrir la beauté sauvage de notre île en hiver…

L’un des écrits considéré comme le chef-d’œuvre de Papadiamantis   s’intitule « Les petites filles et la mort » (traduction libre du titre grec qui est en fait « la meurtrière ») dont la figure centrale est  une vieille femme redoutable d’une soixantaine d’années, Yannou, aussi fascinante que terrifiante.